Site des amateurs de de vignes et de vins de fruits dans les régions septentrionales
Accueil ] Remonter ] cours de taille ] données climatiques ] [ Bilan 2021 ]

 

 

Le paradoxe du changement climatique : des gels tardifs de plus en plus fréquents !

 Le dérèglement climatique a été criant ce début d’été 2021 : temps pourri et pluies abondantes et inondations dans de nombreuses vallées de Belgique et en Allemagne ou en Inde et Chine centrale, alors que la sécheresse et des températures record ont marqué le nord-est de l’Amérique.
Un été 2021 pluvieux et pourri en Belgique, tout profit pour le mildiou après l’été caniculaire de 2020. Les habituels anticyclones ont visiblement perdu leur latin…

 Dans nos régions, le réchauffement climatique s’observe dès l’hiver : les Noëls blancs sont exceptionnels et, le plus souvent, qu’un lointain souvenir. Ce réchauffement hivernal a pour conséquence des départs de végétation précoces. La vigne y est particulièrement sensible et son débourrement se produisant de plus en plus tôt, expose les premières feuilles aux gelées. Et pourtant, l’intensité du gel est moindre qu’il y a quelques années. D’où le paradoxe…

 J’ai pu observer cette évolution, m’intéressant à la vigne depuis quarante ans et la cultivant depuis 35 ans.  Avant le vingt et unième siècle et jusque 1993, les gelées frappaient début mai, en moyenne une fois tous les trois ans, décourageant certains vignerons d’entreprendre des plantations. Ensuite pendant une douzaine d’années, de 1993 à 2005, on n’a plus eu à déplorer de perte de récolte liées à des gelées dans les vignobles. A partir de 2006 on a commencé à observer des dégâts ponctuels dans les vignobles wallons (pas en Flandre). Depuis 2015 les gelées de printemps se répètent et créent d’importantes pertes de production. Et tout cela s’expliquerait-il par le réchauffement de notre climat ?

 Les premières études scientifiques viennent confirmer le lien entre gelées tardives et réchauffement climatique. Un article publié dans la Revue des Œnologues de juillet 2021 confirme les hypothèses que des chercheurs indépendants avançaient déjà fin mars. 

Un groupe international de scientifiques a étudié ce phénomène dans le cadre d'une recherche de la World Weather Attribution. Crée en 2014 cette association regroupe de chercheurs climatologues et météorologues issus américains, indiens et européens. Les chercheurs de cette étude sont issus de l'Institut Pierre-Simon Laplace, de l'Institut météorologique royal des Pays-Bas, de l'Institut Max Planck de biogéochimie d'Iéna, de l'Université d'Oxford et de Météo-France.

L’étude, publiée à la mi-juin 2021, est disponible en ligne :

https://www.worldweatherattribution.org/wp-content/uploads/GrowingPeriodFrost2021.pdf

 L’étude confirme que les hivers sont désormais plus chauds. Le débourrement des plantes a donc lieu plus tôt dans l'année. Les vignes qui grandissent sont alors plus exposées à des conditions "d'hiver" de début d'année, comme des nuits longues ou des températures plus faibles.

L’étude conclut que risque de gel tardif comme celui de début avril est plus probable de 60% comparativement à la situation d’avant le réchauffement climatique.

Les auteurs constatent que les périodes de gel deviennent moins sévères et sont moins fréquentes : au XXème siècle, les températures descendaient à -8°C, contre -5°C en moyenne ces dernières années, mais comme la croissance des vignes est plus avancée, celles-ci sont plus sensibles aux gelées, même plus faibles.

 Le secteur viticole belge, et plus particulièrement wallon, a été lourdement impacté par le froid et le gel tardifs début avril. Après un mois de mars anormalement chaud, d'importantes gelées ont dévasté les cultures de la région les 8 et 9 avril.

 

Marc De Brouwer
2021-08-01

 

 

 

Enseignements de 2021 concernant les maladies de la vigne au travers du comportement des cépages PIWI ou interspécifiques résistants.

Avant l’arrivée des maladies venues d’Amérique du Nord : oïdium (1847), phylloxéra (1864), mildiou (1878), black rot (1885), etc., l’histoire de la vigne en Europe était un long fleuve tranquille. Les vignes européens (Vitis vinifera) n’avaient pas besoin d’être traitées et les différentes variétés étaient reproduites simplement par provignage, bouturage ou marcottage.

 La forte sensibilité des vignes à ces différents pathogènes a amené les vignerons à chercher des solutions pour les en protéger. Celles-ci se sont succédées, tout comme les maladies concernées.

 On a d’abord eu recours à des traitements antifongiques qui agissent efficacement contre les maladies cryptogamiques, le soufre contre l’oïdium, le cuivre contre le mildiou et le Black Rot.

Le greffage des vignes européennes sur porte-greffe obtenus par croisement de vignes américaines résistantes à l’insecte du phylloxera a permis de sauvegarder la diversité des cépages cultivés qui ne pouvaient plus être reproduits sur leurs propres racines.

 L’obtention de nouvelles variétés de vigne en croisant les vignes américaines entre-elles, en les croisant avec des vignes européennes ont permis fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle de proposer des cépages résistant à l’ensemble des maladies et pouvant être cultivés sur leurs propres racines (pas besoin de greffage), ce sont les hybrides producteurs directs (HPD). Ces variétés nécessitant peu (ou pas) de soins ont été plantés tant dans les vignobles dans la première moitié du vingtième siècle que dans les petits vignobles d’amateurs et les jardins où elles survécu après l’interdiction de leur culture dès les années 1930 pour les hybrides américains tels que le Noah, l’Isabelle, le Clinton, le Jacquez, l’Othello, et dans les années 1950 pour les HPD.   

 L’après-guerre a vu aussi le développement des fongicides de synthèse qui ont permis de protéger la vigne facilement et efficacement. Mais c’était sans compter les atteintes de ces fongicides à l’ensemble du monde fongique, dont les importantes mycorhizes (dont on ne parle que depuis quelques années), et à l’apparition de variants résistant aux pesticides… Depuis le début du XXIème siècle, l’industrie chimique doit supprimer des produits devenus inefficaces pour des questions de résistance et met sur le marché de nouveaux produits rendant la protection de la vigne de plus en plus difficile et aléatoire face aux conditions climatiques très différentes d’une année à l’autre à la suite au réchauffement du climat mondial.

 Pour limiter les apports de pesticides à deux ou trois traitements « bio », au soufre et au cuivre, des programmes de croisements et de sélection de vignes résistantes et donnant des vins qualitatifs ont d’abord été réalisés un peu à l’aveugle entre les Vitis vinifera et les autres Vitis qui transmettaient leurs résistances dans les variétés interspécifiques.

 Aujourd’hui les analyses génétiques permettent de déterminer les gènes apportant de la résistance par leurs loci. Le locus (loci au pluriel) désigne l’emplacement précis d'un gène sur le chromosome qui le porte.  Dans le cas de l’étude des gènes de la vigne, les loci de résistance au mildiou sont notés Rpv pour Résistance au Plasmopora Viticola et ceux relatifs à l’oïdium Run pour Résistance au Uncinula necator modifié en Ren pour Résistance à Erysiphe necator, les biologistes ayant changé l’étiquetage de l’oïdium de la vigne par la suite.

 Cependant, on ne sait que peu de choses sur la façon dont ces différents loci de résistance confèrent la résistance aux cépages et sur la réduction potentielle des applications de fongicides. La recherche se poursuit donc, mais permet déjà des observations de terrain.

L’année 2021 a battu tous les records de pluviosité et d’humidité dans nos vignobles et a créé des conditions inédites et particulièrement favorables aux maladies pathogènes de la vigne., en particulier le mildiou. Les gelées tardives du printemps avaient déjà compromis certaines récoltes. C’est certainement la pire année, depuis les trente ans que je cultive la vigne.

 Sur le terrain les Vitis vinifera ont fortement souffert dans les vignobles cultivés de façon traditionnelle, malgré les nombreuses pulvérisations de pesticides de synthèse. De grands domaines comme les Agaisses ont eu des pertes de plus de 40 % et ne s’en tirent pas si mal que cela, alors que l’ancien vignoble de Charles Legot à Huy n’a pas été vendangé ou que la production des vignobles du Bon Baron ne dépasse pas 25 %.  Les vignobles bio cultivant les mêmes variétés qu’en Champagne ont connu des fortunes diverses. Si les pertes sont importantes au vignoble de Bousval, elles sont quasi nulles au vignoble W à Saintes qui est cultivé en biodynamie et où le travail estival a été très important.    

 Faut-il alors remettre en cause l’encépagement ?

 Peut-être, mais l’année n’a pas été beaucoup plus rose pour ceux qui ont fait le choix des variétés résistantes. Les vignerons cultivant des variétés interspécifiques ont eu l’occasion d’apprécier leur niveau de résistance aux pathogènes. Celle-ci fut tout sauf uniforme et des pertes de récolte ont aussi concerné des variétés PIWI comme le Regent, le Johanniter et le Souvignier gris qui n’ont été récoltés que dans les vignobles ayant eu plus que les 2 à 3 traitements recommandés dans la littérature.

 Analysons les comportements des différents cépages à partir des connaissances génétiques actuelles.

 

La génétique des variétés ayant le mieux résisté au mildiou en 2021 en Belgique

De vieux hybrides producteurs directs (HPD) obtenus, il y a plus de cent ans, vers 1911, ont témoigné d’une remarquable résistance au mildiou.

Les variétés de l’obtenteur Kuhlmann (Léon Millot, Maréchal Foch, Maréchal Joffre, Triomphe d’Alsace, …) n’ont pas souffert du mildiou en 2021. Le manque de soleil de l’année a bien sûr retardé leur maturité et affecté la teneur en sucres de leurs grappes. Le Baco 1 (Baco noir) a bien résisté jusque septembre où des grappes ont pourri.

Les gènes de résistance au mildiou et à l’oïdium de de la plupart de ces HPD donnant des raisins noirs n’ont pas encore été identifiés. Ils proviennent des vignes américaines Vitis Riparia et Vitis Rupestris.

Les hybrides de Kuhlmann et de Baco n’ont pas fait l’objet de croisements ultérieurs dans le but d’obtenir de nouvelles variétés résistantes, contrairement à d’autres HPD blancs. Ainsi la base de données internationale www.vivc.com indique le HPD Seyval blanc (Seyve-Villard 5276) possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.2 et Rpv3.3 (mildiou). Ce cépage est encore cultivé en dehors de la France et a été utilisé pour l’obtention d’interspécifiques comme le Solaris.
De même, le Villard blanc (Seyve-Villard 12375) possède les gène Rpv3.1 (mildiou) et a été utilisé pour l’obtention d’interspécifiques comme le Palatina ou le Sirius

En Belgique, en 2021, des variétés interspécifiques ont beaucoup mieux (même très bien) résisté que d’autres et nous devons en retirer quelques enseignements à la lecture de leurs gènes de résistance.

 Ceux qui ont le mieux résisté.

 L’analyse génétique montre que :

·         Le Solaris possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.3 et Rpv10 (mildiou)

·         Le Muscaris possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv10 (mildiou)

·         Le Monarch (Solaris X Dornfelder) possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.3 et Rpv10 (mildiou)

·         Le Cabernet Cortis (Cabernet Sauvignon X Solaris) possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.3 et rpv10 (mildiou)

·         Le Bronner possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.3 et Rpv10 (mildiou)

·         Le Divico et le Divona (Gamaret X Bronner) possèdent les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.3 et Rpv10 (mildiou)

·         Le Rondo possède le gène rpv10 (mildiou)

Tous ces interspécifiques possèdent le gène Rpv10 provenant de la vigne asiatique Vitis Amurensis (du nom du fleuve Amur).  

Ceux qui ont moins bien résisté

On savait déjà que la résistance au mildiou du Regent n’était pas totale ; elle s’est révélée totalement insuffisante lorsque seulement deux traitements antifongiques (soufre + cuivre) avaient été effectués. L’analyse génétique montre que :

·         Le Regent possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.1 (mildiou)

·         Le Johanniter possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.1 (mildiou)

·         Le Hélios possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.1 (mildiou)

·         Le Souvignier gris possède les gènes Ren3 et Ren9 (Oïdium) et Rpv3.2 (mildiou)

On observe que les gènes Rpv3.1 et Rpv3.2 assurent une moins bonne résistance au mildiou que les gènes Rpv3.3 et Rpv10

 

Conclusion

Si les années 2019 et 2020 ont été des années plutôt sèches, sans maladies des vignes, l’année 2021 a été caractérisée par l’abondance et la régularité des épisodes pluvieux. Elle a mis en évidence la difficulté de cultiver les Vinifera (Chardonnay et Pinots noirs, …) dans nos régions ainsi que les limites de résistance pour certains cépages interspécifiques et le bon comportement d’autres. C’est un enseignement pour les futures plantations. Mais n’oublions pas qu’il faut aussi des vignes résistantes à la sécheresse, épisodes climatiques très pluvieux et très secs étant prédits pour les prochaines années par les climatologues.

 

Perspectives

Les nouvelles variétés sélectionnées par l’Inrae de Colmar (les Resdur Artaban, Voltis, Floréal et Vidoc) commencent à être cultivées en Belgique ainsi que de nouvelles variétés de l’infatigable suisse Valentin Blatner. Leur maturité et leur résistance seront-elles à la hauteur ?

Une chose est certaine : on n’a pas fini de discuter des maladies de la vigne et de chercher les solutions les plus respectueuses de l’environnement.

 

© Marc De Brouwer
18 décembre 2021
CEPvdqa asbl


 

PIWI est une abréviation de l’allemand PIlzWIderstandsfähig traduit littéralement par résistant aux champignons

 

 

 

©

Les textes et images de ces pages sont soumis aux lois belges et internationales en matières de droits d'auteur et de Copyright..
L'utilisation à fins privées est autorisée. Tout autre usage, particulièrement à fins commerciales  est soumis à une autorisation préalable octroyée par CEPvdqa asbl.
Première mise en ligne du site en février 2000; dernière en mai 2024  
L'auteur de ce site est enseignant pédagogue retraité